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J'suis pas Super Mam'...
31 janvier 2013

La couleur des sentiments

Couverture La Couleur des sentiments  La quatrième de couv' : Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée.
Mais Skeeter, la fille des Phelan, n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même laisser un mot.
Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante. 
(présentation Livraddict.fr)

L'histoire : Comment imaginer une telle histoire dans le Mississippi des années 60, à l'aube même des mouvements sociaux et au milieu d'une longue route pour l'égalité des blancs et des noirs... Deux bonnes, noires, s'allient à Skeeter, jeune bourgeoise, blanche, pour raconter leur quotidien. Des bribes de vie vont donc être couchées sur le papier, des histoires drôles, tristes, émouvantes, violentes, mais aussi, tellement humaines. Tout au long de la réalisation de leur projet secret, ces trois femmes vivront leur quotidien, plus ou moins difficiles, et trouveront dans LE projet leur ballon d'oxygène. Et l'espoir qu'un jour tout le monde le partage.

Ce roman se raconte à trois voix : celle de Skeeter, jeune blanche du Mississippi qui ne s'est jamais vraiment fondue dans le moule de la conformité et dont l'ambition est de devenir journaliste et quitter la plantation familiale pour voguer vers d'autres univers plus conforme à ses choix. Blessée par la disparition subite de la bonne qui l'a élevée et aimée, inquiète de la santé de sa mère, meurtrie par l'attitude de ses "amies", elle trouve refuge dans l'écriture et apprend à connaître cette ville qui a toujours été la sienne, mais dont elle ignorait beaucoup. Elle est en cela aidée par Aibileen, bonne noire qui a élevé 18 enfants, mais a perdu son fils bien aimé. Aibi a déjà beaucoup vécu, et est seule maintenant. Elle ne craint rien ni personne quand elle s'engage dans ce projet : qui pourrait encore lui faire plus de mal. Alors raconter, oui elle veut bien. Mais écrire aussi. Parce qu'elle refuse de laisser croire que les noirs des années 60 sont incultes et illettrés. Elle lit, elle écrit et elle a même un joli brin de plume. Elle sera l'assistante privilégié de Skeeter durant toute la mise en forme de l'ouvrage, et elle le relira avec elle. Minnie ensuite les rejoindra. Jeune femme mère de 5 enfants, femme d'un alcoolique notoire qu'elle aime malgré tout, elle ne sait pas se taire. Et cela lui fait perdre ses postes, un à un. Celui qu'elle trouvera enfin est aussi improbable que solide finalement, et elle se joindra au projet, de tout coeur, même si elle n'en laissera rien paraître. 

 Autour des trois narratrices de cette histoire, toutes la petite bourgeoisie de Jackson tourbillonne au fil des saisons, des parties de bridge, des réunions de femme de bonnes familles et de faux semblants. Les visions croisées de ces trois femmes donnent un portrait globalement peu flatteur de cette société, qui ne fait que reproduire semble-t-il, ce pourquoi elle a été programmée. Chaque personne doit être à sa place et ne point en bouger. Le moindre grain de sable (telle Celia) se doit d'être éliminé pour le bon déroulement de cette longue route toute tracée, et certaines (telle Hilly) se font un plaisir de jouer les "exterminatrices". Certes, tout n'est pas totalement manichéen, et certaines personnes tendent à essayer de changer, mais les moeurs sont telles à ce moment qu'il est bien difficile de vouloir imposer un point de vue différent si l'on veut rester dans les carnets d'adresse. De même, du côté du quartier noir et des bonnes, les choses ne sont pas toutes noires ou blanches. Chacun y a aussi sa façon de penser et son caractère, pas toujours bon. Les choses se voient sur un autre plan, pas celui de l'argent, mais celui de la volonté d'avoir une vie meilleure, d'avoir une place où se sentir bien pour travailler, de ne pas être persécuté. Quand à être accepté comme égal un jour, après des siècles à courber l'échine, difficile même de l'imaginer pour certains. Même si de plus en plus d'habitants de ce quartier vont à l'école, que ceux qui le peuvent font des études, peu se prennent à espérer à des carrières autres que manuelles.

       

 Le style : Romans à trois voix donc, le style de chacune est très proche, mais diffère juste d'une touche, à peine perceptible, mais qui nous montre sans conteste à qui on a à faire (ce qui est de toutes façons précisé au début des chapitres). Skeeter écrit comme une jeune journaliste, sans emphase mais très descriptive par moment. Minnie est très directe et est beaucoup dans le langage parlé. Le niveau de vocabulaire, sans être familier, est cependant moins recherché dans ces chapitres. Quand à Aibileen, plus âgée, plus instruite, plus lectrice, elle tourne un peu mieux ses phrases, choisit mieux son vocabulaire. L'auteur a réussi à donner à chacune sa voix sans faire de grosses différences et en installant une fluidité, une continuité dans le récit. C'est très agréable de passer ainsi de l'une à l'autre et on ne se sent jamais perdu.    

 Et la couverture alors ?  Une photo d'archive on ne peut plus représentative de l'histoire, on ne pouvait mieux choisir. 

 En conclusion ?  J'ai eu un énorme coup de coeur pour ce roman que je regrette un peu de ne pas avoir lu plus tôt. Même si j'ai vu le film il y a quelques mois, j'ai redécouvert l'histoire, tellement plus profondément racontée, j'ai redécouvert les personnages, tellement émouvants pour certains, irritants, voir plus, pour d'autres. J'avais bien évidemment en tête les visages des acteurs du film, mais cela ne m'a nullement dérangé (contrairement aux rares autres cas où j'ai vu les films avant de lire les livres, bouuuuhh !). Je me suis plongée dans la moiteur du Sud et je n'avais qu'une envie, de savoir comment enfin cela finirai - ce qui est paradoxal, puisque je le savais ... Ce roman m'a beaucoup touché. Je me suis beaucoup intéressée aux mouvements sociaux aux Etats Unis dans les années 60, à la lutte contre la ségrégation, ... quand j'étais à la fac, et j'ai trouvé fort intéressant que le point de vue ne soit pas ici uniquement celui des noirs ou des blancs, mais celui de personnes qui se rencontrent vraiment, qui apprennent à se connaître et construisent ensemble l'histoire. La postface est très intéressante pour cela, concernant l'auteur et sa propre histoire, car elle permet de comprendre à la fois les origines du récit, et les limites qui ont pu se poser  pour le raconter. Enfin, pour l'anecdote, j'ai fermé ce roman ce matin, et quelques minutes après mon fils m'a dit qu'il devait faire une petite recherche sur Martin Luther King... 

coup de coeur

 

Pourquoi ce livre ?  Parce que cela fait un moment que j'ai envie de le lire, qu'Evy me la proposé dans le cadre de Livra'deux pour pal'addict, et qu'en plus il entre dans plusieurs challenges ...

ldpa Merci Evy pour ce choix !  50 états pour le Mississippi bien sur ! 

contemporainbadge2013 et bigchallenge2013

 

 

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Commentaires
C
Coucou, est-ce que tu comptes refaire une session du challenge Livra'deux pour pal'addict (les inscriptions pour la saison 4 sont ouvertes) ? Si ça t'intéresse éventuellement, je le ferais volontiers :)
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F
Je suis ravie qu'il t'ait plu. Je l'avais nettement préféré au film même si ce dernier est bien.
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K
Un vrai coup de coeur pour moi ! bonne journée
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